Entrée Les traductions de la Bible et l’évolution du malgache contemporain
Partie du discours nom propre (titre de livre ou pièce)
Auteur Gueunier Noël J.
Éditions 2009. Pages: 23. http://assr.revues.org/21385.
Extraits 
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Griffiths avait mené un travail selon des principes rigoureux dans le domaine des noms propres. Pour les noms des livres bibliques, qui dans la B.1835 avaient été tout bonnement repris de l’anglais avec adaptation phonologique (Jenesisy, Ekisaodiosy, Levitikiosy), il proposait de véritables traductions par des mots signifiant «Création», «Sortie», «Sacrificature», solutions qui ne seront reprises par aucune autre version. Pour les noms de lieux et de personnes, il adoptait le principe d’une adaptation rigoureuse des noms originaux grecs et hébreux, alors que B.1835 avait souvent décalqué les formes anglaises. Ainsi disparaissaient Mosesy, Jesosy, Petera..., remplacés par Mose, Iesio, Petro... Seuls quelques noms, considérés comme trop bien intégrés dans l’usage malgache pour pouvoir être changés, gardaient leur prononciation d’origine anglaise: c’était le cas notamment de «Christ», Kraisty, qui cependant, pour se conformer à la règle du malgache excluant tout contact de consonnes, s’écrivait maintenant Kiraisity7. La plupart de ces réformes ont été abandonnées dans les versions suivantes, et nous verrons que la question de la traduction des noms propres est devenue le principal sujet de controverse dans les discussions sur les révisions ultérieures, faisant passer à l’arrière-plan des points bien plus importants [ http://assr.revues.org/21385]
2009/07
Leur première décision est le choix de l’alphabet latin pour transcrire le malgache. L’alternative – sérieusement envisagée, mais rapidement écartée – était une graphie en caractères arabes, en usage sur la côte est de Madagascar depuis des siècles, mais d’un emploi traditionnellement limité à la transcription de formulaires divinatoires et médico-magiques, et à la notation de traditions généalogiques et historiques. Pendant quelques années, au début du XIXe siècle, le choix a été ouvert entre les deux graphies: le roi, Radama Ier, avait à sa cour des spécialistes des deux écritures, il avait lui-même commencé à apprendre les deux, et il avait fait l’essai de leur emploi dans les débuts d’une correspondance diplomatique. Mais, des deux groupes de conseillers religieux, devins astrologues malgaches porteurs de la graphie arabico-malgache, et missionnaires protestants porteurs de la graphie latine, c’est le second qui l’a emporté.

La manière dont le nouvel alphabet a été institué mérite qu’on s’y arrête. Les historiens ont généralement retenu l’idée que l’alphabet a été une sorte de compromis diplomatique: les consonnes de l’anglais et les voyelles du français! Cette formule a dû être réellement prononcée dans les discussions entre le roi et les missionnaires – elle se trouve de fait dans les témoignages de l’époque. Pourtant, le principe mis en œuvre a été tout autre. Les créateurs de l’alphabet étaient conscients du fait que ni la graphie du français, ni celle de l’anglais, avec souvent pour chaque lettre plusieurs prononciations possibles, et pour chaque articulation plusieurs graphies possibles, ne pouvaient servir de modèle.

La démarche était phonologique (avant la lettre), comme le démontrent les décisions prises: on ne devait utiliser qu’autant de lettres qu’il en fallait pour en attribuer une et une seule à chaque articulation du malgache. Les lettres-consonnes c, q, w et x ont été abandonnées, comme faisant double emploi, et l’inventaire réduit des voyelles de la langue malgache, avec seulement quatre timbres [a], [e], [i] et [u], permettait d’abandonner aussi l’une des cinq lettres-voyelles de l’alphabet latin. Le choix du signe pour noter [u] a donné lieu à une discussion serrée, où ont été examinées successivement les possibilités de ou comme en français, de oo ou u comme en anglais, et de w comme en gallois, pour adopter finalement o, ce qui permettait de faire encore l’économie de la lettre u. Les seules irrégularités que la nouvelle écriture tolérait étaient le y en fin de mot au lieu du i simple, et le choix de la lettre j pour noter [dz], seule exception à la notation par des digraphes de la série des consonnes affriquées. La rigueur phonologique du système se manifeste peut-être plus clairement encore dans la manière dont les défauts des premiers essais ont été discutés et corrigés. Ainsi, par exemple, on avait, à l’origine, noté par ki un k mouillé qui ne se produit qu’après la voyelle i. Cette graphie a été réformée en application d’un principe phonologique rigoureux: puisque la réalisation mouillée est conditionnée par la présence du i avant le k, la consonne seule suffisait – et c’est resté la règle jusqu’à présent [ http://assr.revues.org/21385]

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Pour traduire «Dieu», deux termes étaient disponibles. L’un, Zanahary, semble renvoyer à la notion de «Créateur». L’autre, Andriamanitra, est un composé dont le sens littéral est «Seigneur qui embaume, qui sent bon» (Dahl, 1992). Les deux pouvaient s’appliquer à la divinité suprême, mais aucun des deux n’était spécialement lié à l’idée de Dieu unique, et en particulier l’un et l’autre étaient employés pour invoquer les palladiums royaux de l’Imerina – ces objets sacrés que les missionnaires avaient identifiés à des «idoles». Entre les deux noms, les missionnaires protestants ont visiblement hésité puisque, dans leurs cantiques, ils ont souvent utilisé Zanahary. Mais dans la traduction de la Bible, ils ont employé seulement Andriamanitra. Le résultat a été qu’en malgache moderne s’est construit une opposition entre Andriamanitra, perçu aujourd’hui comme le mot «chrétien», et Zanahary qui tend à s’identifier aux conceptions tournant autour du culte des ancêtres. Les catholiques, qui dans les premiers temps avaient privilégié Zanahary, devaient rapidement «se convertir» eux aussi à Andriamanitra [ http://assr.revues.org/21385]
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Mis à jour le 2020/07/31